Grèce : avant le vote du 25 janvier 2015

La campagne électorale bat son plein. Syriza est en tête des sondages mais Antonis Samaras, le chef de la coalition sortante droite-Pasok, s’appuie sur son bilan et ses engagements. Faisons le point.

Après deux ans et demi la tête du gouvernement, Samaras argumente : réduction du nombre des fonctionnaires, libéralisation de certains secteurs, politique d’austérité qui-commence-à porter-ses- fruits, et propose la poursuite des réformes pour relancer la compétitivité et l’investissement. (Une petite musique bien connue !) Il promet aussi la création de 700 000 emplois d’ici 2020 et une baisse graduelle des impôts sur les revenus et l’immobilier.

Plus encore, Samaras s’efforce de rallier à lui les électeurs de l’extrême droite et d’effrayer les honnêtes gens. Le 7 janvier, en meeting, il déclare : « Certains (Syriza, évidemment) invitent les migrants clandestins à venir encore plus nombreux et distribuent déjà des documents de naturalisation. Ce qui signifie faillite et sortie de l’euro. » Selon lui, les banques feraient faillite, les distributeurs de billets seraient fermés, la police désarmée et les frontières réouvertes ! Bref, c’est moi ou le chaos apporté par Syriza. Dès l’automne dernier, les ministres avaient accumulé les prédictions catastrophiques. Un ex-vice-président du gouvernement et membre du Pasok, Théodoros Pangalos, affirmait : « Ils mettront tout à feu et tueront » et aussi : le pays sera dissous en 24 heures » ; le ministre du Travail, Gianis Vroutsis : « Les retraites, il n’y en aura plus » ; et le porte-parole du parti de droite, Néa Democratia : « On retournera à la drachme en une semaine. »

Sortir de l’euro ?

Le programme de Syriza ne propose pas une telle mesure. En revanche, c’est Angela Merkel qui juge « quasiment inévitable une sortie (de la Grèce) de la zone euro » si Syriza parvient au pouvoir. Or, aucun mécanisme institutionnel ne prévoit la sortie d’un pays de l’euro !

Syriza réclame depuis deux ans l’application de la solution qui, en 1953, avait permis à la RFA de redémarrer économiquement. A l’époque, 21 pays s’étaient réunis à Londres en un sommet exceptionnel. La dette nominale accumulée par l’Allemagne était alors amputée de 60 % et on lui accordait un moratoire de cinq ans ainsi qu’un délai de trente ans (!) pour rembourser. De plus, une clause de développement » autorisait le pays à ne pas consacrer au service de la dette plus d’un vingtième de ses revenus d’exportation. Loin de tout « miracle allemand », les bases du développement étaient ainsi posées.

Dans le même esprit, Syriza avance l’idée d’une conférence européenne sur la dette visant à apporter une réponse globale après l’échec, reconnu par le FMI, des politiques menées en Europe. Les deux points principaux seraient une réduction significative de la dette publique grecque et un moratoire sur le service de cette dette. Un tel projet suppose de rompre la collusion entre milieux politiques et économiques, avec le gaspillage de l’argent public et le clientélisme qui favorise les exemptions fiscales ; il faudrait s’attaquer à la corruption qui a atteint en Grèce, selon l’Ong Transparency international, un niveau inégalé en Europe. Syriza a d’ailleurs publié dans un Livre noir des documents témoignant de la collusion des milieux politico-financiers.

On n’oubliera pas non plus que l’Église grecque est exonérée d’impôts. Quant au Mont Athos, véritable petite république monastique, il dispose d’une vingtaine de monastères, pas tous grecs, mais aussi russe, roumain, bulgare, ils ont accumulé des trésors et gèrent leurs patrimoines en toute opacité.

Syriza peut-il gagner ?

A la fin de décembre, il semblait évident que Syriza ne parviendrait pas à obtenir une majorité absolue au Parlement, soit 151 sièges sur les 300. Il lui faudrait donc trouver des alliés pour gouverner. Première certitude : le parti communiste grec, le KKE, qui se déclare hostile à l’Europe, n’envisage aucune alliance avec les « petits bourgeois » de Syriza ; il aurait pu pourtant apporter la quinzaine de sièges manquants ! Le parti démocratique Dimar qui avait obtenu 12 députés aux élections législatives de 2012 est en négociation avec Syriza mais ce parti est en perte de vitesse et n’a pu faire élire aucun député européen en 2014. Retenons aussi, en mars 2014, la création du parti de centre gauche TO Potami (La Rivière) dont le président s’est déclaré prêt à collaborer avec un gouvernement dirigé par Syriza. Du côté social-démocrate, le Pasok, qui disposait de 160 sièges en 2009 et de 41 après les élections de 2012, n’en aurait plus qu’entre 10 et 17. Enfin, le 2 janvier, l’ex-premier ministre, Georges Papandréou, a annoncé qu’il rompait avec ce parti pour créer un « nouveau mouvement progressiste » ; il scelle ainsi la quasi disparition du Pasok de la scène politique. Quant au parti néo-nazi, Aube dorée, il conserverait entre 15 et 21 sièges.

Les sondages de janvier

Le 7 janvier, un sondage donnait 142 sièges à Syriza ; un autre sondage, le 9, lui accordait 146 sièges et enfin, le 12 janvier, 3 sondages lui donnaient 150 ou 151 sièges ! Cependant, même dans l’hypothèse d’une majorité accordée à Syriza, ce parti entend construire un large rassemblement politique et social pour faire face aux puissantes et prévisibles réactions internes et externes. L’objectif de Syriza est en effet ambitieux et repose sur trois piliers : faire face à la crise humanitaire, restructurer la production, réformer l’État. Ce dernier point est une condition prioritaire. De France, on imagine mal les faiblesses et les dysfonctionnements de l’État grec, déjà flagrants avant la crise et encore aggravés depuis lors. Syriza veut utiliser l’État comme un moyen de régulation sociale et environnementale, protéger les PME pour développer la croissance et l’emploi, faire participer la population par des consultations publiques et des référendums, bref cultiver le sens de la collectivité et de la solidarité par opposition au néolibéralisme débridé. Un programme ambitieux.

Martine Sevegrand

Législatives en Grèce : 100 000 jeunes électeurs privés du droit de voter

Les Grecs qui fêteront leur 18ème anniversaire cette année ne pourront pas voter aux élections du 25 janvier comme la loi leur en donne le droit. La faute en revient au ministère de l’Intérieur qui n’a pas constitué les listes électorales avant la fin de l’année. Par peur de ces jeunes ? De même, les électeurs qui résident sur une commune autre que celle où ils sont inscrits sur les listes électorales ne pourront pas voter. Certes, le délai entre l’annonce des élections et leur tenue a été très court mais une procédure simple n’a pas été cherchée. Il aurait fallu que le ministre de l’Intérieur s’en préoccupe.

Bernard Maris et la « fureur du capitalisme »

Dans l’hommage rendu aux victimes de Charlie-Hebdo, Bernard Maris n’a certes pas été oublié complètement. La radio France-Inter, sur laquelle il intervenait chaque vendredi, a souligné qu’il était un « brillant économiste », un peu original, fort gentil et doux. On a oublié de dire que, dès la fin 2011, il affirmait que « tous les pays européens devront, tôt ou tard, se résigner à effacer une partie de leur dette. »

On a oublié de dire aussi qu’en avril dernier, il déclarait : « A cause de la monnaie unique, les États allaient se lancer dans une concurrence fiscale et budgétaire : ils allaient organiser leur budget à leur manière, sous le parapluie de l’euro. Les Grecs, par exemple, empruntaient en euros grecs mais remboursaient en « économie grecque », c’est-à-dire en féta et en fromage de chèvre. Les Allemands empruntaient en euros et remboursaient en Porsche et en Mercedes. » Mais, ajoutait-il, « l’industrie alimentaire allemande finit par récupérer la fabrication de fromages grecs. » Bernard Maris faisait ainsi allusion à une décision du Parlement grec qui, sur proposition ou injonction de la Troïka, avait allongé le délai accordé à l’appellation « lait frais » de 5 à 11 jours. Du coup, le marché du lait en Grèce s’ouvrait au lait provenant d’Allemagne…

On a oublié de dire enfin que, depuis octobre dernier, lui qui avait voté pour Maastricht et le traité constitutionnel, estimait désormais qu’il fallait quitter la zone euro. En taisant les thèses de Bernard Maris, on l’a tué une seconde fois.

Le diagnostic de l’économiste américain Joseph Stiglitz : « Le problème n’est pas la Grèce, c’est l’Europe »1

« Dans la plupart des pays de l’Union européenne, le PIB par habitant est inférieur à ce qu’il était avant la crise. Une demi décennie perdue se transforme rapidement en une décennie entière. Derrière les froides statistiques, des vies sont brisées, et des familles se disloquent (ou ne se constituent pas) à mesure que la stagnation – la dépression dans certains endroits – suit son cours année après année…

L’Europe n’est pas une victime. Oui, l’Amérique a mal géré son économie ; mais non, les États-Unis n’ont pas, en quelque sorte, réussi à transférer le poids de la crise sur l’Europe. Le malaise de l’Europe est auto-flagellé. Il est la conséquence d’une succession sans précédent de mauvaises décisions économiques, à commencer par la création de l’euro. Bien que destiné à unir l’Europe, l’euro l’a en définitive divisé ; et en l’absence de la volonté politique de créer des institutions qui permettraient à une monnaie unique de fonctionner, les dommages ne cessent pas.

Renverser les politiques d’austérité

Le désordre actuel découle en partie de l’adhésion à la croyance, depuis longtemps discréditée, que les marchés fonctionnent bien, sans imperfections concernant l’information et la concurrence. L’hybris a également joué un rôle. Comment expliquer autrement le fait que, année après année, les prévisions des fonctionnaires européens en ce qui concerne les effets de leurs politiques ont toutes été fausses ?

Ces prévisions ont été erronées non parce que les pays de l’UE n’ont pas réussi mettre en œuvre les politiques prescrites, mais parce que les modèles sur lesquels ces politiques reposaient étaient totalement viciés. (…)

La Grèce, un nouveau test pour l’Europe

Le drame en Europe est loin d’être terminé. Une des forces de l’UE est la vitalité de ses démocraties. Mais l’euro a enlevé aux citoyens – en particulier dans les pays en crise – leur voix au chapitre sur leur destin économique. A plusieurs reprises, les électeurs mécontents de la direction de l’économie ont rejeté leurs gouvernements, obtenant seulement que le nouveau gouvernement continue sur la même voie dictée par Bruxelles, Francfort et Berlin. (…)

la Grèce va maintenant constituer un nouveau test pour l’Europe. La baisse du PIB grec depuis 2010 est bien pire que celle à laquelle l’Amérique a été confrontée pendant la Grande dépression des années 1930. Le chômage des jeunes est supérieur à 50 %. (…) Si Syriza gagne mais ne prend pas le pouvoir, le motif principal en sera la peur de la façon dont l’UE va répondre. La peur n’est pas la plus noble des émotions, et elle ne saurait constituer le type de consensus national dont la Grèce a besoin pour aller de l’avant.

Le problème n’est pas la Grèce. C’est l’Europe. Si l’Europe ne change pas sa façon de faire – si elle ne réforme pas la zone euro et si elle n’abroge pas l’austérité – une réaction populaire deviendra inévitable. Peut-être la Grèce va-t-elle maintenir le cap cette fois-ci encore . Une telle folie économique ne peut continuer éternellement. La démocratie ne le permettra pas. Mais combien de souffrances supplémentaires l’Europe devra-t-elle endurer avant qu’elle revienne à la raison ? »

1Extrait du texte de Joseph Stiglitz, publié le 12 janvier, sur le site de « Regards ».

La Grèce va-t-elle changer l’Europe ?

La Grèce va-t-elle changer l’Europe ?

Je voudrais d’abord m’excuser auprès de ceux qui veulent bien me lire de mon long silence. Je reprends aujourd’hui mon blog et je promets prochainement une surprise. Cependant, aujourd’hui, il m ‘a semblé que la situation grecque méritait d’être présentée car elle est pleine d’espérance.

En échouant, le 29 décembre, à faire élire un nouveau président de la République, la coalition de la droite (Néa Démocratia) et du parti socialiste (Pasok) ouvre des perspectives nouvelles à une Grèce plongée, par une politique d’austérité sans équivalent en Europe, dans le chômage et la misère d’une partie croissante de sa population. Les Grecs sont donc appelés à élire, le 25 janvier, de nouveaux députés et pourront donc décider s’ils acceptent la poursuite de la politique imposée par la Troïka (Union Européenne, BCE et le FMI) ou s’ils donnent mandat à une coalition dirigée par Syriza pour mener une autre politique.

Rappelons d’abord la situation politique en Grèce. Longtemps, deux partis ont monopolisé le pouvoir ; la droite dominée par le parti Néa Democratia dont le dirigeant est le Premier ministre sortant, Antonis Samaras, qui disposait au Parlement de 128 députés (sur 300) et la gauche socialiste du Pasok qui, ces dernières années, s’est littéralement effondrée et ne comptait plus que 28 députés. Son association avec la droite pour mener la politique d’austérité n’a sans doute pas contribué à redorer son blason. Aux élections européennes de mai dernier, le Pasok n’a obtenu que 8,02 % des voix tandis que le nouveau parti Syriza, considéré d’extrême-gauche, arrivait en tête avec 26,58 %, devançant ainsi la Néa Democratia qui capitalisait 22,71. En troisième position, le parti néo-nazi Aube Dorée obtenait 9,4 %. Ce dernier parti, déconsidéré par ses violences et ses provocations – un de ses députés aurait crié trois fois « Heil Hitler » dans l’enceinte du Parlement -, semble heureusement en perte de vitesse. Tout laisse donc à penser que Syriza devrait remporter les prochaines élections législatives et bénéficier, selon la loi électorale, des 50 sièges accordés au parti arrivé en tête, sur les 300 sièges du Parlement.

Pour comprendre la Grèce d’aujourd’hui, il faut présenter ou rappeler les conséquences sociales dramatiques de la politique d’austérité menée par la coalition dirigée par Antonis Samaras.

D’abord, quelques chiffres :

Depuis 2009, les salaires ont baissé en moyenne de près d’un tiers mais certains de 40 %.

Le salaire minimum pour les moins de 25 ans était, en 2013, de 450 euros par mois.

30% des entreprises ont fermé entre 210 et 2013.

Le taux de chômage qui était de 9,5 % en 2009 a atteint plus de 26 % en 2014 mais celui des jeunes est proche de 60 %. L’allocation de chômage qui est de 360 euros par mois n’est versée que pendant un an au maximum. Ce qui veut dire qu’aujourd’hui 90 % des chômeurs ne touchent aucune indemnité et sont exclus du système de santé.

Après des baisses successives, un peu plus d’un million de retraités, soit 36,4 % d’entre eux, perçoivent moins de 500 euros par mois, 40 % entre 500 et 1 000 euros et moins de 3 % ont une retraite supérieure à 1 500 euros.

En 6 ans, l’électricité domestique a augmenté de 60 %.

En 2013, 2,5 millions de personnes, soit 23,1 % de la population, était au-dessous du seuil de pauvreté fixé à 60 % du revenu moyen des ménages (soit 432 euros pour une personne seule et 908 euros pour une famille de 4 personnes). Mais 3,8 millions sont également exposés au risque de pauvreté et, parmi eux, de nombreux enfants. En revanche, la situation des professions libérales n’a sans doute pas beaucoup changé puisque l’habitude en Grèce est de payer en liquide.

Les dépenses de l’État pour la santé sont passées de 7,5 milliards d’euros en 2009 à 4,4 milliards en 2014. Les hôpitaux doivent désormais ne plus être en déficit sous peine de fermer.

Ajoutons qu’un projet de loi prévoit qu’en cas de vente d’un immeuble par une entreprise endettée, les salariés n’auront droit qu’à 25 % de la somme obtenue tandis que les banques auront droit à 65 %.

Un rapport d’une fondation allemande, publié en septembre dernier, concernant la justice sociale dans les 28 pays de l’Union européenne, classe la Grèce au dernier rang, derrière la Bulgarie et la Roumanie.

L’Allemagne, grande bénéficiaire

Sur les 300 000 Grecs, surtout des jeunes, qui ont quitté la Grèce, beaucoup s’orientent vers l’Allemagne. Ainsi, par exemple, on comptabilise, jusqu’à la fin de 2012 seulement, 6 000 médecins grecs partis s’installer en Allemagne. Dans des villes allemandes qui ont besoin de main d’oeuvre, il existe des écoles d’apprentissage offrant aux jeunes grecs la spécialisation leur permettant de trouver un emploi avec un salaire très inférieur au salaire minimum qui vient d’être instauré. L’homme politique Hans Joachim Fuchtel a contribué aussi à l’essor d’une coopération entre le ministère des Finances allemand et l’Union centrale des municipalités grecques dans le but d’adapter les municipalités grecques au modèle allemand.

Payer ses impôts en Grèce :

Jamais, dans les articles que vous pouvez lire sur la Grèce, vous ne trouverez ces précisions pourtant très instructives qui proviennent de l’excellent site d’information sur la Grèce, « Okeanews ». L’impôt sur le revenu est calculé, non pas seulement sur les salaires, mais à partir de la valeur des biens détenus comme une automobile qui représente une petite valeur et les propriétés immobilières : ça tombe bien puisque plus de la moitié des Grecs sont propriétaires de leur logement, ce qui ne les empêche pas de payer la nouvelle taxe foncière !

Or, en Grèce, l’imposition sur le revenu commence avec 5 000 euros de revenus annuels alors que le taux de pauvreté est établi à 6 000 euros. Chaque citoyen doit pouvoir prouver des dépenses de 25 % de ses revenus pour éviter de payer une amende de 10 % de ces 25 %. Il lui faut donc accumuler des preuves d’achat avec des tickets de caisse qui seront envoyés au service fiscal lors de la déclaration des revenus. Quelle bureaucratie !

De surcroît, l’État considère qu’un célibataire a besoin pour vivre de 3 000 euros minimum par an ; l’État en déduit que chaque citoyen, quelle que soit sa situation, a au moins ces 3 000 euros et il lui demande de produire des preuves d’achat de 25 %, soit 750 euros. Sinon, le voilà condamner à payer 75 euros d’amende ! Un sdf peut donc être condamné à des amendes sur des revenus qu’il n’a pas.

L’État vend ses biens…

Sous la pression de la Troïka, l’État a décidé en février 2011, de réaliser des privatisations qui atteindraient 50 milliards d’euros d’ici 2016. Il avait déjà vendu deux des trois embarcadères du port de marchandises du Pirée à une entreprise chinoise. Une Agence, le Taiped, est chargée de ces privatisations ; elle est conseillée par les banques suisses et les plus grandes investissement du monde ( Crédit suisse, Deutsche Bank, BNP Paribas, HSBC, Rothschild) ainsi que des cabinets juridiques internationaux.

Cependant, les ventes ont commencé timidement. En 2012, elles ont rapporté seulement 3 milliards ; en 2013, 6 transactions n’ont rapporté que 912 millions d’euros avec, pourtant, la cession de la très lucrative société de paris sportifs, une grande plage touristique en Chalcidique et des 28 propriétés immobilières, parmi lesquelles des bâtiments ministériels pour lesquels le gouvernement devra désormais payer un loyer. Au total, les ventes depuis 2011 n’ont rapporté que 5 milliards d’euros.

Sont en vente la compagnie publique qui distribue l’eau à Athènes et Thessalonique, les chemins de fer, l’aéroport international d’Athènes et une dizaine de ports.

et la nature

Une loi de 2013 a prévu d’implanter des « complexes d’hébergement touristique », sous prétexte de relancer le tourisme. Pourtant, la Grèce en compte déjà 351 de cinq étoiles. Sur les 12 complexes prévus pour 2016, plusieurs sont seront implantés dans des régions Natura 2000, c’est-à-dire dans des zones uniques protégées par une loi européenne qui y interdit toute construction. Qu’à cela ne tienne : le Taiped a lancé des procédures pour obtenir la déclassification des zones protégées. Le gouvernement prévoit aussi de réaménager le littoral ; plus question de laisser un libre accès aux plages. Les hôtels pourraient même construire jusqu’à 10 m du littoral. Ajoutons qu’en cas de vente aux enchères, le prix de départ sera fixé au tiers de la valeur cadastrale. Il y aura de bonnes affaires à réaliser, mais pour qui ?

Corruption et privilèges

Elle a pris depuis longtemps en Grèce des proportions sans aucun rapport avec ce que nous connaissons. Le journal Der Spiegel a révélé une évasion fiscale de grande ampleur, avec des indices sérieux de marché noir par l’industrie automobile allemande : importations clandestines de BMW, corruption de hauts fonctionnaires grecs par DAIMLER-BENZ. La fraude atteindrait 600 millions d’euros et un représentant parlementaire de la Néa Démocratia a reconnu les faits. Un juge d’Athènes poursuit les représentants de quatre sociétés grecques et des employés de la commission européenne pour fraude concernant des programmes de financement de l’Union Européenne.

Citons enfin l’immense centre commercial de 100 000 m2, le plus grand d’Europe, construit en toute illégalité dans la banlieue nord d’Athènes, il y a douze ans, par Spiros Latsis, un milliardaire grec qui réside sur les bords du Lac Léman. En juin dernier, le gouvernement a décidé de légaliser le centre commercial par un décret présidentiel, sans que le propriétaire ait à payer la moindre amende. De même, une série d’amendements ont annulé les amendes infligées après contrôle fiscal à de grands groupes pétroliers et financiers grecs.

On comprend que les Grecs reprochent à leur gouvernement non seulement à cette politique d’austérité mais aussi les privilèges offerts aux multinationales et aux plus riches.

Rebellions

Depuis 2011, le gouvernement cherche à vendre l’entreprise étatique qui distribue l’eau à Athènes et Thessalonique. Deux entreprises étaient engagées dans le processus d’appel d’offre : d’une part, Suez et l’entreprise israélienne Mekrot. Lors de sa visite à Athènes, en février 2013, François Hollande avait d’ailleurs encouragé les entreprises françaises à investir dans la terre et l’eau. Or, le 18 mai dernier, un référendum a été organisé à Thessalonique, malgré les menaces des autorités d’Athènes, au sujet de l’eau. Sous la surveillance d’observateurs étrangers, 35 % des citoyens inscrits sur les listes électorales ont participé au vote qui a donné 98 % de « non ». Une grande réussite qui a amené le gouvernement à repousser le projet.

Ce printemps encore, une loi a interdit la vente directe des agriculteurs alors qu’en court-circuitant les supermarchés, ils faisaient s’effondrer les prix et permettaient à des milliers de foyers d’acheter des pommes de terre, du riz, des olives, des oignons et d’autres aliments de base. Et pourtant, le « mouvement des pommes de terre », aidé par certaines municipalités, a poursuivi ses activités.

Et quels résultats pour la dette publique ?

En 2013, elle atteignait 321 milliards d’euros alors qu’en 2009 elle était de 200 milliards ! Entre ces deux dates, il y a eu pourtant un énorme effacement de la dette publique, plus qu’en Argentine. La politique imposée à la Grèce par la Troïka se révèle donc totalement inefficace. Mais pourquoi reconnaître son échec et changer de politique ? Le projet de budget présenté en octobre dernier pour l’année 2015 prévoyait 1 milliard de nouveaux impôts par rapport à 2014 et 1,7 milliards de suppressions supplémentaires dans les dépenses publiques.

Ce que propose Syriza 

En cas de victoire de Syriza, l’Union Européenne prévoit des conséquences apocalyptiques pour la Grèce et l’Europe. On a déjà assisté à une intrusion assez scandaleuse de certains dirigeants pendant la période de tentative d’élection présidentielle, en décembre dernier. Jean-Claude Junker avait déjà affirmé sa préférence pour voir en Grèce, « des visages familiers en janvier » ; quant à Pierre Moscovici, devenu commissaire européen à l’économie, il est venu en Grèce afficher son soutien à l’actuel gouvernement de droite. Évidemment, la propagande et les pressions vont se poursuivre de plus bel pendant la campagne électorale pour les législatives prévues le 25 janvier.

Pourtant, le principal parti d’opposition, Syriza, n’envisage même pas de sortir de l’euro, comme certains économistes (tels Frédéric Lordon et Bernard Maris) le lui conseillent. Dans son programme, Syriza veut une renégociation pour l’annulation de la dette, un changement radical du rôle de la Banque centrale européenne et l’interdiction des produits bancaires spéculatifs. Bien entendu, il prévoit aussi des mesures sociales. Est-ce du « populisme » comme on l’en accuse ?

Enfin, ce dont on ne parle jamais ici, Syriza insiste depuis deux ans sur la dette de l’Allemagne à l’égard de la Grèce qui a subi une terrible occupation pendant la Seconde guerre mondiale. En avril 2013, Syriza a amené l’Assemblée nationale à débattre de cette dette énorme. En effet, lors de la conférence internationale de Paris, en 1946, une indemnisation de 7,1 milliards de dollars avait été décidée pour compenser les dégâts causés par cette occupation. Or l’Allemagne n’a versé que le 60e de cette somme ! Avec l’inflation, l’indemnisation qui reste à payer s’élève aujourd’hui à 108 milliards de dollars. S’y ajoute le prêt forcé de 3,5 milliards de dollars que la Grèce avait dû consentir à l’Allemagne nazie ; ce qui représente 54 autres milliards !

Manolis Glezos, grande figure de la résistance grecque, aujourd’hui député de Syriza, affirme donc : « Ce n’est pas nous qui devons de l’argent aux Allemands, c’est eux qui nous en doivent. » A quoi le ministre allemand des Finances, M. Schaube, répondit : « En ce qui concerne les demandes d’indemnisation, je ne vois aucun espoir parce que cette question a été clarifiée avec le temps », ajoutant que ces déclarations étaient irresponsables et qu’il vaudrait mieux que la Grèce progresse sur la voie des réformes ! Après l’invasion nazie, il y a quelques 70 ans, voici l’arrogance d’un pays qui domine l’Union Européenne et impose sa politique financière.

Une leçon oubliée : comment on régla la dette allemande en 1953

Grâce à la dernière « Lettre du conseil scientifique d’ATTAC », j’ai pris connaissance d’un article passionnant d’Éric Toussaint, docteur en sciences politiques des universités de Liège et Paris VIII et, plus encore, président du Comité pour l’annulation de la dette du tiers monde (CADTM) en Belgique. Je crois qu’il est vraiment important de faire connaître ce qu’il nous apprend au moment où l’Union Européenne écrase la Grèce de ses exigences. Son article, daté du 29 septembre dernier, s’intitule :

Une leçon

DeGrèce-Allemagne : qui doit à qui ? L’annulation de la dette allemande à Londres en 1953

 

Depuis 2010, dans les pays les plus forts de la zone euro, la plupart des dirigeants politiques, appuyés par les médias dominants, vantent les mérites de leur supposée générosité à l’égard du peuple grec et d’autres pays fragilisés de la zone euro qui font la une de l’actualité (Irlande, Portugal, Espagne…). Dans ce contexte, on appelle « plans de sauvetage » des mesures qui enfoncent encore un peu plus l’économie des pays qui les reçoivent et qui contiennent des reculs sociaux inédits au cours des 65 dernières années en Europe. S’y ajoute l’arnaque du plan de réduction de la dette grecque adopté en mars 2012 qui implique une réduction des créances dues par la Grèce aux banques privées de l’ordre de 50% |1| alors que ces créances avaient perdu entre 65 et 75% de leur valeur sur le marché secondaire. La réduction des créances des banques privées est compensée par une augmentation des créances publiques aux mains de la Troïka et débouche sur de nouvelles mesures d’une brutalité et d’une injustice phénoménales. Cet accord de réduction de la dette vise à enchaîner définitivement le peuple grec à une austérité permanente, il constitue une insulte et une menace pour tous les peuples d’Europe et d’ailleurs. Selon les services d’étude du FMI, en 2013, la dette publique grecque représentera 164% du Produit intérieur brut, c’est dire que la réduction annoncée en mars 2012 n’aboutira pas à un allègement réel et durable du fardeau de la dette qui pèse sur le peuple grec. C’est dans ce contexte qu’Alexis Tsipras en visite au Parlement européen le 27 septembre 2012 a souligné la nécessité d’une véritable initiative de réduction de la dette grecque et s’est référé à l’annulation d’une grande partie de la dette allemande dans le cadre de l’accord de Londres de février 1953. Revenons sur cet accord.

L’accord de Londres de 1953 sur la dette allemande

L’allègement radical de la dette de la République fédérale d’Allemagne (RFA) et sa reconstruction rapide après la seconde guerre mondiale ont été rendus possibles grâce à la volonté politique de ses créanciers, c’est-à-dire les États-Unis et leurs principaux alliés occidentaux (Grande-Bretagne, France). En octobre 1950, ces trois alliés formulent un projet dans lequel le gouvernement fédéral allemand reconnaît l’existence des dettes des périodes précédant et suivant la guerre. Les alliés y joignent une déclaration signifiant que « les trois pays sont d’accord que le plan prévoit un règlement adéquat des exigences avec l’Allemagne dont l’effet final ne doit pas déséquilibrer la situation financière de l’économie allemande via des répercussions indésirables ni affecter excessivement les réserves potentielles de devises. Les trois pays sont convaincus que le gouvernement fédéral allemand partage leur position et que la restauration de la solvabilité allemande est assortie d’un règlement adéquat de la dette allemande qui assure à tous les participants une négociation juste en prenant en compte les problèmes économiques de l’Allemagne ».

La dette réclamée à l’Allemagne concernant l’avant-guerre s’élève à 22,6 milliards de marks si on comptabilise les intérêts. La dette de l’après-guerre est estimée à 16,2 milliards. Lors d’un accord conclu à Londres le 27 février 1953, ces montants sont ramenés à 7,5 milliards de marks pour la première et à 7 milliards de marks pour la seconde. En pourcentage, cela représente une réduction de 62,6%.

De surcroît, l’accord établit la possibilité de suspendre les paiements pour en renégocier les conditions si survient un changement substantiel limitant la disponibilité des ressources.

Pour s’assurer que l’économie de l’Allemagne occidentale est réellement relancée et qu’elle constitue un élément stable et central dans le bloc atlantique face au bloc de l’Est, les Alliés créanciers font des concessions très importantes aux autorités et aux entreprises allemandes endettées qui vont bien au-delà d’une réduction de dette. On part du principe que l’Allemagne doit être en condition de rembourser tout en maintenant un niveau de croissance élevé et une amélioration des conditions de vie de la population. Rembourser sans s’appauvrir. Pour cela, les créanciers acceptent : Primo, que l’Allemagne rembourse dans sa monnaie nationale, le mark, l’essentiel de la dette qui lui est réclamée. A la marge, elle rembourse en devises fortes (dollars, francs suisses, livres sterling…). 
 Secundo, alors qu’au début des années 1950, le pays a encore une balance commerciale négative (la valeur des importations dépassant celle des exportations), les puissances créancières acceptent que l’Allemagne réduise ses importations, elle peut produire elle-même des biens qu’elle faisait auparavant venir de l’étranger. En permettant à l’Allemagne de substituer à ses importations des biens de sa propre production, les créanciers acceptent donc de réduire leurs exportations vers ce pays. Or, 41% des importations allemandes venaient de Grande-Bretagne, de France et des États-Unis pour la période 1950-51. Si on ajoute à ce chiffre la part des importations en provenance des autres pays créanciers participant à la conférence (Belgique, Hollande, Suède et Suisse), le chiffre total s’élève même à 66%. 
 Tertio, les créanciers autorisent l’Allemagne à vendre ses produits à l’étranger, ils stimulent même ses exportations afin de dégager une balance commerciale positive. Ces différents éléments sont consignés dans la déclaration mentionnée plus haut : « La capacité de paiement de l’Allemagne, de ses débiteurs privés et publics, ne signifie pas uniquement la capacité de réaliser régulièrement les paiements en marks allemands sans conséquences inflationnistes, mais aussi que l’économie du pays puisse couvrir ses dettes en tenant compte de son actuelle balance des paiements. L’établissement de la capacité de paiement de l’Allemagne demande de faire face à certains problèmes qui sont :

1. la future capacité productive de l’Allemagne avec une considération particulière pour la capacité productive de biens exportables et la capacité de substitution d’importations ; 
2. la possibilité de la vente des marchandises allemandes à l’étranger ; 
3. les conditions de commerce futures probables ; 
4. les mesures fiscales et économiques internes qui seraient nécessaires pour assurer un superavit pour les exportations. »

En outre, en cas de litige avec les créanciers, en général, les tribunaux allemands sont compétents. Il est dit explicitement que, dans certains cas, « les tribunaux allemands pourront refuser d’exécuter […] la décision d’un tribunal étranger ou d’une instance arbitrale. » C’est le cas, lorsque « l’exécution de la décision serait contraire à l’ordre public » (p. 12 de l’Accord de Londres).

Autre élément très important, le service de la dette est fixé en fonction de la capacité de paiement de l’économie allemande, en tenant compte de l’avancée de la reconstruction du pays et des revenus d’exportation. Ainsi, la relation entre service de la dette et revenus d’exportations ne doit pas dépasser 5%. Cela veut dire que l’Allemagne occidentale ne doit pas consacrer plus d’un vingtième de ses revenus d’exportation au paiement de sa dette. Dans la pratique, l’Allemagne ne consacrera jamais plus de 4,2% de ses revenus d’exportation au paiement de la dette (ce montant est atteint en 1959). De toute façon, dans la mesure où une grande partie des dettes allemandes était remboursée en deutsche marks, la banque centrale allemande pouvait émettre de la monnaie, en d’autres mots monétiser la dette.

Une mesure exceptionnelle est également décidée : on applique une réduction drastique des taux d’intérêts qui oscillent entre 0 et 5%.

Une faveur d’une valeur économique énorme est offerte par les puissances occidentales à l’Allemagne de l’Ouest : l’article 5 de l’accord conclu à Londres renvoie à plus tard le règlement des réparations et des dettes de guerre (tant celles de la première que de la deuxième guerre mondiale) dues par la RFA aux pays occupés, annexés ou agressés (ainsi qu’à leurs ressortissants).

Enfin, il faut prendre en compte les dons en dollars des États-Unis à l’Allemagne occidentale : 1,17 milliard de dollars dans le cadre du Plan Marshall entre le 3 avril 1948 au 30 juin 1952 (soit environ 10 milliards de dollars aujourd’hui) auxquels s’ajoutent au moins 200 millions de dollars (environ de 2 milliards de dollars d’aujourd’hui) entre 1954 et 1961 principalement via l’agence internationale de développement des États-Unis (USAID).

Grâce à ces conditions exceptionnelles, l’Allemagne occidentale se redresse économiquement très rapidement et finit par absorber l’Allemagne de l’Est au début des années 1990. Elle est aujourd’hui de loin l’économie la plus forte d’Europe.

Allemagne 1953 / Grèce 2010-2012

Si nous risquons une comparaison entre le traitement auquel la Grèce est soumise et celui qui a été réservé à l’Allemagne après la seconde guerre mondiale, les différences et l’injustice sont frappantes. En voici une liste non-exhaustive en 11 points : 
1.- Proportionnellement, la réduction de dette accordée à la Grèce en mars 2012 est infiniment moindre que celle accordée à l’Allemagne. 
2.- Les conditions sociales et économiques qui sont assorties à ce plan (et à ceux qui ont précédé) ne favorisent en rien la relance de l’économie grecque alors qu’elles ont contribué largement à relancer l’économie allemande.
3.- La Grèce se voit imposer des privatisations en faveur des investisseurs étrangers principalement alors que l’Allemagne était encouragée à renforcer son contrôle sur les secteurs économiques stratégiques, avec un secteur public en pleine croissance.
4.- Les dettes bilatérales de la Grèce (vis-à-vis des pays qui ont participé au plan de la Troïka) ne sont pas réduites (seules les dettes à l’égard des banques privées l’ont été) alors que les dettes bilatérales de l’Allemagne (à commencer par celles contractées à l’égard des pays que le Troisième Reich avait agressés, envahis voire annexés) étaient réduites de 60% ou plus.
5. – La Grèce doit rembourser en euros alors qu’elle est en déficit commercial (donc en manque d’euros) avec ses partenaires européens (notamment l’Allemagne et la France), tandis que l’Allemagne remboursait l’essentiel de ses dettes en deutsche marks fortement dévalués.
6. – La banque centrale grecque ne peut pas prêter de l’argent au gouvernement grec alors que la Deutsche Bank prêtait aux autorités allemandes et faisait fonctionner (certes modérément) la planche à billets.
7. – L’Allemagne était autorisée à ne pas consacrer plus de 5% de ses revenus d’exportation au paiement de la dette alors qu’aucune limite n’est fixée dans le cas actuel de la Grèce.
8. – Les nouveaux titres de la dette grecque qui remplacent les anciens dus aux banques ne sont plus de la compétence des tribunaux grecs, ce sont les juridictions du Luxembourg et du Royaume-Uni qui sont compétentes (et on sait combien elles sont favorables aux créanciers privés) alors que les tribunaux de l’Allemagne (cette ancienne puissance agressive et envahissante) étaient compétents.9. – En matière de remboursement de la dette extérieure, les tribunaux allemands pouvaient refuser d’exécuter des sentences des tribunaux étrangers ou des tribunaux arbitraux au cas où leur application menaçait l’ordre public. En Grèce, la Troïka refuse bien sûr que des tribunaux puissent invoquer l’ordre public pour suspendre le remboursement de la dette. Or, les énormes protestations sociales et la montée des forces néo-nazies sont directement la conséquence des mesures dictées par la Troïka et par le remboursement de la dette. Malgré les protestations de Bruxelles, du FMI et des « marchés financiers » que cela provoquerait, les autorités grecques pourraient parfaitement invoquer l’état de nécessité et l’ordre public pour suspendre le paiement de la dette et abroger les mesures antisociales imposées par la Troïka. 
10.- Dans le cas de l’Allemagne, l’accord établit la possibilité de suspendre les paiements pour en renégocier les conditions si survient un changement substantiel limitant la disponibilité des ressources. Rien de tel n’est prévu pour la Grèce.
11.- Dans l’accord sur la dette allemande, il est explicitement prévu que le pays puisse produire sur place ce qu’il importait auparavant afin d’atteindre un superavit commercial et de renforcer ses producteurs locaux. Or la philosophie des accords imposés à la Grèce et les règles de l’Union européenne interdisent aux autorités grecques d’aider, de subventionner et de protéger ses producteurs locaux, que ce soit dans l’agriculture, l’industrie ou les services, face à leurs concurrents des autres pays de l’UE (qui sont les principaux partenaires commerciaux de la Grèce).

On pourrait ajouter que l’Allemagne, après la seconde guerre mondiale, a reçu des dons dans une proportion considérable, notamment, comme on l’a vu plus haut, dans le cadre du Plan Marshall.

On peut comprendre pourquoi le leader de Syriza, Alexis Tsipras, fait référence à l’accord de Londres de 1953 lorsqu’il s’adresse à l’opinion publique européenne. L’injustice avec laquelle le peuple grec est traité (ainsi que les autres peuples dont les autorités suivent les recommandations de la Troïka) doit éveiller la conscience d’une partie de l’opinion publique.
Mais ne nous berçons pas d’illusions, les raisons qui ont poussé les puissances occidentales à traiter l’Allemagne de l’Ouest comme elles l’ont fait après la seconde guerre mondiale ne sont pas de mise dans le cas de la Grèce. 
Pour voir une véritable solution au drame de la dette et de l’austérité, il faudra encore de puissantes mobilisations sociales en Grèce et dans le reste de l’Union européenne ainsi que l’accession au pouvoir d’un gouvernement du peuple à Athènes. Il faudra un acte unilatéral de désobéissance provenant des autorités d’Athènes (soutenues par le peuple), telles la suspension du remboursement et l’abrogation des mesures antisociales, pour forcer les créanciers à des concessions d’envergure et imposer enfin l’annulation de la dette illégitime. La réalisation à une échelle populaire d’un audit citoyen de la dette grecque doit servir à préparer le terrain.