Gaza : silence autour des appels au secours

Une bande de terres de 41 km de long et de 360 km2 sur laquelle vivent aujourd’hui, ou plutôt tentent de survivre, 1 million 700 000 personnes. Depuis juin 2007, elles subissent un blocus terrestre, maritime et aérien de la part d’Israël ; l’Égypte collabore.

Je ne ferai pas ici un historique de ce blocus dont la cause politique est bien connue : la victoire électorale du Hamas aux élections de 2006 et sa main-mise sur la bande de Gaza. Mais est-il normal que toute une population en subisse les conséquences ? Doit-elle être « punie » pour avoir « mal votée » ? Je n’évoquerai pas les provocations suivies de représailles de l’armée israélienne : roquettes lancées du territoire gazaoui sur des villages israéliens et, en retour, bombardements de l’armée israéliennes, blessant et tuant des civils palestiniens. Opérations « ciblées » d’élimination de dirigeants du Hamas (la liste est très longue et, souvent famille et enfants sont assassinés en même temps), provoquant à son tour , etc… Je n’évoquerai pas non plus les 22 jours de bombardements israéliens de l’opération nommée « Plomb durci » (fin décembre 2008-mi janvier 2009), qui fit 1 300 morts à Gaza dont plus de 410 enfants, et n’épargna ni les usines, ni les écoles ni les hôpitaux. Ni l’opération « Pilier de défense » (novembre 2012) qui fit 163 morts gazaouis dont 37 enfants (contre 6 morts israéliens).

Je veux seulement faire le point sur la situation présente parce que, faute d’événement sensationnel qui attire l’attention des médias, les conditions de survie deviennent de plus en plus difficiles et devraient susciter une mobilisation aussi bien humanitaire que politique.

Un commerce étranglé

Aujourd’hui, avec Israël, il n’existe plus qu’un seul point de transit pour les marchandises que les Israéliens autorisent à entrer à Gaza : produits alimentaires de base, médicaments, carburant et pièces détachées en quantité limitée mais pas de matériaux de construction, de ciment, de tuyaux. Soit 40 à 50 % des importations d’avant le blocus. Ces restrictions ont tué nombre d’activités à Gaza. Seuls sept produits sont encore exportés de Gaza, en particulier des fleurs grâce à un accord spécial avec le gouvernement hollandais, mais la chute des exportations est cependant spectaculaire et Israël n’importe plus rien. Côté égyptien, malgré l’accord israélo-égyptien de blocus, pendant longtemps, les centaines de tunnels à la frontière entre Gaza et l’Égypte ont permis d’importer de multiples denrées vitales pour la population, et pas seulement des armes, comme on l’a dit trop souvent. Or, depuis le coup d’État en Égypte, en juillet dernier, l’armée égyptienne a détruit tous les tunnels. Les conséquences sont dramatiques pour les Gazaouis : hausse des prix des denrées devenues rares, et surtout très grave pénurie de carburant. Le diésel égyptien fournissait, depuis le début de 2011, une partie du carburant nécessaire à la centrale électrique de Gaza. Le diésel fourni encore par les tunnels est tombé de 1 million de livres par jour en juin à quelques 20 000 livres en novembre.

De surcroît, les jeunes Gazaouis qui font leurs études à l’étranger et qui étaient venus chez eux pendant les vacances, n’ont pu ressortir de Gaza ! Leur année universitaire va être perdue.

Les conséquences de la pénurie de carburant

La centrale électrique qui fournissait encore récemment 30 % de l’électricité nécessaire à Gaza s’est arrêtée le 1er novembre. (Il faut dire aussi qu’elle avait été bombardée, le 28 juin 2006, par huit missiles de l’armée israélienne). Aujourd’hui, les Gazaouis n’ont plus d’électricité que 6 heures par jour ; même s’ils ont des générateurs, les hôpitaux sont menacés et, récemment, un chirurgien a fini une opération à la lumière de son portable. Un arrêt de l’électricité aurait de lourdes conséquences pour les unités de soins intensifs, les couveuses, la dialyse, les laboratoires, etc. Les restrictions en carburant touche les boulangeries, les transports et le ramassage des ordures, quand il a lieu, s’effectue désormais par des chariots tirés par des ânes.

Le 13 novembre, une grande station de pompage des eaux usées et d’épuration est tombée en panne et 3 000 Gazaouis, dans le quartier d’al Zaytoun, ont vu leurs rues envahies par 35 000 m3 d’eaux d’égout. Des photos effrayantes nous sont parvenues. Par chance, Gaza vient de recevoir une aide d’agences de l’ONU et de la Turquie qui font espérer une amélioration de ce côté pour les deux ou trois mois à venir. Et après ?

Très grave aussi, l’impossibilité de faire fonctionner dix stations de pompage. Des eaux usées sont déversées dans le Wadi Gaza qui serpente jusqu’à la mer en traversant des zones urbaines et menacentla santé des nombreuses familles qui vivent sur les berges du fleuve. Une odeur puante se répand à Gaza. Enfin, tout au long de la bande de Gaza, on compte en plus 16 déversoirs d’égouts qui débouchent directement dans la mer et toutes ces eaux usées contaminent la côte.

Mais comment effectuer des travaux avec la pénurie de ciment et de carburant ? Ajoutons que le grand pont qui enjambait le Wadi Gaza et reliait le nord et le sud de la bande de Gaza a été détruit en 2006, reconstruit puis démoli de nouveau par des bombardements israéliens en 2012.

Plus d’eau potable en 2016

L’eau douce ne représente déjà plus que 5% de la nappe phré­atique de Gaza. «À force de pomper l’eau, la nappe est surexploitée, son niveau baisse et la mer s’infiltre, précise un exxpert. Le pompage est trois fois plus important qu’il ne le faudrait.»L’eau fournie par les réseaux municipaux étant polluée – on remarquera qu’Israël interdit l’importation de chlore pour la traiter -, environ 83 % des foyers achètent de l’eau dessalée, qui absorbe jusqu’au tiers du revenu des familles. Or, même cette eau n’est pas toujours suffisamment propre. Par ailleurs, ceux qui n’ont pas les moyens d’en acheter utilisent des puits privés ou agricoles, souvent contaminés et pollués.

Les Nations Unies ont lancé un cri d’alarme : si d’ici 2016, aucune solution n’est trouvée pour fournir à Gaza de l’eu saine à un prix abordable, la nappe phréatique sera inutilisable. Il faut donc rappeler qu’Israël monopolise 90 % de l’eau de source de tout le pays ; alors que l’OMS recommande 100 litres d’eau par personne et par jour, les Palestiniens n’en consomment que 70 contre 300 pour les Israéliens qui disposent de piscines et gazons verts. Mais, à Gaza, les habitants atteignent-ils seulement les 70 litres ?

Selon un rapport de l’UNICEF publié en 2010, les maladies liées à l’eau représentent 26 % des affections et touchent particulièrement les enfants. Plus de 202 médicaments essentiels sur 480 ne sont plus désormais disponibles. Des bâtiments détruits par les bombardements dégagent de l’amiante dans l’atmosphère. Des Gazaouis atteints de maladies graves qui devraient aller se faire soigner à Jérusalem ou au Caire sont bloqués à Gaza parce qu’ils ne reçoivent pas les autorisations de sortie.

Du sort des agriculteurs et des pêcheurs

Les bombardements ont détruit d’immenses vergers et pollués les terres. Les Israéliens ont décrété une zone-tampon qui fait 2 km de large au nord et 800 m de l’est. Pour un territoire large de 10 km et long de 40, la FAO a calculé que les agriculteurs avaient perdu 30 % des terres arables ! Cette zone-tampon qui était souvent couvertes d’oliviers, de grenadiers et de citronniers est devenue une terre désolée, régulièrement labourée par les chars israéliens.

Quant aux pêcheurs, leur sort est pire. Initialement fixée à 20 miles nautiques par les accords d’Oslo, la zone de pêche a été réduite par Israël à 6 miles en 2006 et aujourd’hui à 3 miles. L’armée israélienne fait d’ailleurs chaque semaine des exercices militaires et tire assez fréquemment sur des pêcheurs qui ne sont qu’à 1 mile. Des bateaux sont confisqués, des pêcheurs blessés, parfois même arrêtés. Si bien qu’aujourd’hui, les pêcheurs qui ne trouvent plus guère de poissons dans la zone côtière sont parmi les plus pauvres à Gaza.

On se souvient du sort qui fut réservé, en mai 2010, à la flottille « free Gaza », composée de 8 cargos chargés d’aide humanitaire et de matériaux de construction. L’armée israélienne l’arraisonna dans les eaux internationales et prit d’assaut le bateau turc, le Mavi Marmara, faisant 9 morts et 28 blessés. Gaza est bien une prison.

La pauvreté à Gaza

Le manque de carburant a obligé quantité d’entreprises a cessé toute activité et le taux de chômage atteint 65 %. On estime à 230 le nombre des écoles qui manquent à cause de l’interdiction d’importer des matériaux de construction. Résultat : la plupart des enfants et des jeunes ne vont à l’école que par demi-journée.

79 % des Gazaouis sont au-dessous du seuil de pauvreté. Pourtant, l’UNWRA, l’Office de secours des Nations Unies pour les réfugiés de Palestine, apporte une aide à plus de 700 000 familles car de très nombreux Palestiniens, chassés de chez eux par la création de l’État d’Israël en 1948, sont venus s’installer à Gaza. L’UNWRA gère aussi des écoles, des dispensaires et avait une vingtaine de projets de construction pour cette année mais Israël n’a pas autorisé l’importation des matériaux nécessaires. A la fin de novembre dernier, le commissaire général de l’UNWRA, Filippo Grandi, a lancé un appel : « La bande de Gaza va bientôt devenir inhabitable. »

Conformément au droit international, Israël, puissance occupante des territoires palestiniens, même si elle a retiré ses troupes de Gaza, doit protéger les civils. C’est d’ailleurs pourquoi, le 8 janvier 2009, le Conseil de sécurité des Nations Unies avait demandé « que l’aide humanitaire, y compris les vivres, le carburant et les traitements médicaux, puisse être distribuée sans entrave dans tout Gaza. » Comme pour toutes les résolutions de l’ONU, Israël n’en a pas tenu compte.

Gaza reste toujours à la merci d’un raid de l’aviation israélienne ; les drones qui survolent Gaza en permanence sont là pour le rappeler. Leur bruit terrorise les enfants déjà traumatisés par les bombardements.

N’oublions pas ces 1 million 700 000 êtres humains en danger.

 

 

 

 

 

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